Au croisement des poussières

Être exilé c’est abandonner malgré soi sa terre, et laisser un terrain vague qui, dans l’imaginaire littéraire et artistique, est le lieu de la peur et de l’anxiété. La poussière est l’incarnation de l’abandon et de l’absence. Abandonner sa maison, c’est la laisser en proie à la poussière, laquelle prend peu à peu possession des lieux, pour enfin matérialiser l’absence par la couche grise et vierge, exempte de toute activité humaine, l’empreinte parfaite d’un objet retiré, ou les traces de pas qui indiquent la direction du départ. Elle laisse une mémoire qui se forge avec le temps, loin de la violence du départ.

Régulièrement, une poussière jaune recouvre les immeubles et les rues de Beyrouth. Venant de Syrie et d’Irak, elle rejoint les exilés des pays en proie aux conflits, contraints de fuir les villes en ruine. Elle recouvre les campements dans lesquels ces réfugiés essaient de vivre. Cette poussière les rattrape, provoquant des dégâts, des problèmes respiratoires et de santé.
Le 6 février 2021, une poussière véhiculée par un vent venu d’Afrique, repeint en orange le ciel français. Elle transporte avec elle du Cesium 137, un élément radioactif issu des essais nucléaires réalisés dans les années 1960 en Algérie, par la France.
Parallèlement, certaines poussières – et notamment celles du Sahara – viennent fertiliser les sols, parcourant parfois près de 5000 km pour traverser les frontières et enrichir les terres amazoniennes et d’Europe du Nord.

Ce projet débuté en 2018 à Tours, a voyagé à Alger en 2019 lors d’une résidence aux Ateliers Sauvages. Il tend à se développer et évoluer dans des lieux qui brassent et cristallisent la poussière. A travers des installations, de la vidéo, du détournement et la fabrication d’objets, je la récolte, l’archive, la stabilise ou la remets en mouvement. Je cherche à connaître les histoires que ces poussières voyageuses transportent.

« Migrer ce n’est pas vivre dans sa propre poussière et c’est avoir la conscience de la poussière des autres
et de la poussière du temps. »
David Campany


Résidences artistiques
• 18 janvier – 25 février 2019 : Les Ateliers Sauvages, fondés et dirigés par Wassyla Tamzali, Alger, Algérie.
Avec le soutien de l’Institut Français d’Alger.
• Avril 2018 à Juillet 2018 : Octroi, association Mode d’Emploi, Tours, France.